Collectif anti CPE La Rochelle

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Friday, January 27 2006

Tribune de la fraction dans Lutte Ouvrière

Villepin veut solder le droit du travail, la riposte doit être à la hauteur

24 janvier 2006

En le plaçant au 31 janvier, le gouvernement vient d’annoncer qu’il avançait de 15 jours le débat parlementaire sur le projet de loi mettant en place le « contrat première embauche », le CPE. Villepin craint un mouvement de l’ampleur de celui qui avait fait remballer à Balladur en 94 son projet de CIP, dit « Smic jeunes ». Il espère donc profiter de la période des vacances scolaires pour faire passer à moindre frais son sale coup et tente de prendre de vitesse l’organisation d’une riposte dans les jours qui viennent.

Semaine après semaine, Villepin poursuit inlassablement ses attaques systématiques contre les travailleurs. La création des CPE n’est que le dernier épisode en date. Il s’agit de l’extension des CNE ou « Contrats Nouvelle Embauche » créés cet été et qui permettent au patron de licencier quand il veut, sans préavis et sans motif, pendant la période de deux ans suivant la signature du contrat. Les CNE d’abord limités aux entreprises de moins de 10 salariés, avaient finalement été étendus à celle de moins de 20 salariés. Les CPE étendent encore ce droit absolu de licenciement pendant deux ans à l’ensemble des entreprises, le limitant (mais pour combien de temps ?) aux salariés de moins de 26 ans. Cette nouvelle mesure s’inscrit dans l’offensive tous azimuts que mènent conjointement patrons et gouvernement. A la Cour de cassation, on autorise les licenciements économiques pour les entreprises en bonne santé qui invoquent des difficultés « prévisionnelles ». Dans l’Education Nationale, on impose des heures supplémentaires aux profs pour remplacer les absents. Chez Disney, Bosch, Hewlett Packard, Fenwick on veut imposer la semaine de 39 ou 40 heures, sans augmentation de salaire. Quant aux mesures gouvernementales contre les travailleurs, les chômeurs et les jeunes, la liste ne cesse de s’allonger : de l’apprentissage à 14 ans à l’autorisation de cumuler un emploi avec des missions d’intérim, et à la nouvelle mouture des « chèques emplois services » offrant des petits boulots chez les riches en échange de substantiels cadeaux fiscaux pour ces derniers.

Davantage que l’ampleur de l’offensive, ce qui est frappant c’est la disproportion entre celle-ci et la faiblesse de la réaction des organisations se réclamant de la défense des intérêts des travailleurs. Depuis des mois que s’accumulent les mauvais coups, cette réaction s’est limitée pour l’essentiel à une journée d’action interprofessionnelle le 4 octobre, un relatif succès mais laissé sans suite. Et lorsque des conflits locaux ont éclaté, parfois longs et spectaculaires comme la lutte des marins de la SNCM ou celle des traminots marseillais, la stratégie syndicale a consisté à ne surtout pas chercher à les étendre, mais à les laisser s’isoler et à les conduire, malgré la combativité des travailleurs, à la défaite. Toutes les confédérations syndicales ont bien sûr déclaré dès le début leur hostilité au projet. Mais sur le terrain, la CGT en restait jusque-là à sa « journée de mobilisation » du 31 janvier, une journée sans appel à la grève, plus pour le communiqué que pour en faire un véritable tremplin pour la suite. Et les autres syndicats, à l’appel deux jours plus tard le 2 février, à une journée d’action pour la défense des salaires, uniquement dans la fonction publique. Toujours donc la stratégie des journées par secteur, isolées et sans suite annoncée, avec comme objectif de nouvelles négociations. Quant à la gauche, elle se préparait... à s’engager dans une « bataille parlementaire », perdue d’avance. Les organisations de jeunesse du PC et du PS, avec le syndicat étudiant UNEF et d’autres, ayant alors formé un « collectif » contre le CPE, appelant à une semaine de mobilisation à partir du 30 janvier, (avec peut-être une manifestation), les confédérations syndicales ont déclaré soutenir son initiative. Après une rencontre du « collectif » avec les syndicats, une manifestation est ainsi organisée pour le 7 février. François Hollande en appelle maintenant à « une forte mobilisation ». Alors que Villepin avait montré son inquiétude en avançant le débat parlementaire, le Parti socialiste ne pouvait faire à moins. Jusqu’ici pas plus la gauche que les confédérations syndicales n’ont montré de volonté de faire remballer ses projets à Villepin au moyen de la rue et de la grève générale. Leur perspective était celle des élections de 2007 pour le retour de la gauche au gouvernement... avec promesse d’annuler ensuite certaines des mesures prises par la droite, aujourd’hui le CPE par exemple. Comme si cette gauche n’avait pas durant les 25 dernières années, de Mitterrand à Jospin, fait la démonstration au gouvernement de la façon dont elle tenait ses promesses, et de sa volonté d’y mener aussi une politique en faveur du patronat. Aurait-elle changé et syndicats et partis de gauche seraient-ils maintenant décidés à s’engager dans le combat contre le CPE ? Sans doute vaut-il mieux compter pour cela sur la pression de la base, en particulier de la jeunesse... que sur la bonne volonté des leaders.

Et pourtant en dehors d’une riposte d’ensemble des travailleurs, avec d’importantes manifestations de rue et la perspective d’une grève générale, il est certain que rien n’obligera le gouvernement et le patronat à reculer. Les possibilités d’une telle mobilisation existent, d’autant que les objectifs sont communs à tous les travailleurs et futurs travailleurs : interdiction totale des licenciements, hausses généralisées de salaires d’au moins 300 € par mois pour tous, embauche en CDI de tous les salariés précaires, non seulement les CNE/CPE, mais aussi les CDD, intérimaires, vacataires, etc. Un tel mouvement ne se décrète pas, en revanche il doit se préparer. Pour cela les jeunes et les travailleurs doivent répondre le plus nombreux possible à toutes les initiatives proposées et bien entendu le 7 février. Mais les militants et les travailleurs les plus conscients ne doivent pas se limiter à suivre. Ils doivent tout faire pour transformer les protestations en ce que les confédérations et les partis de gauche ont soigneusement évité d’en faire jusqu’ici : des jalons pour la construction d’une véritable lutte d’ensemble.

Yves LEFORT

Article Libération

Les étudiants à l'assaut du CPE

Semaine d'action début février contre le contrat première embauche.

par Muriel GREMILLET QUOTIDIEN : vendredi 20 janvier 2006

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Ils espèrent une riposte à la hauteur de la menace. Les organisations étudiantes appellent à la mobilisation pour le retrait du contrat de première embauche (CPE). Et espèrent entraîner dans leur sillage des syndicats de salariés impuissants jusqu'ici à opposer une résistance coordonnée au gouvernement. Une douzaine d'organisations étudiantes et lycéennes, marquées à gauche (Unef, Jeunes CGT, MJS, MJC, SUD étudiants, JCR, Unsa jeunes, Jeunes Verts, etc.) ont manifesté hier leur volonté d'en découdre.

Brandissant le spectre du CIP (contrat d'insertion professionnelle), le «Smic jeunes» auquel Edouard Balladur avait dû renoncer en 1994 après un mois de contestation, elles sont résolues à obtenir le retrait pur et simple du CPE, qualifié «d'insulte à la jeunesse». Destiné aux jeunes de moins de 26 ans, ce contrat à durée indéterminée permet à l'employeur de licencier le jeune salarié dans les deux premières années de travail sans avoir à donner de justification. Les organisations de jeunesse ont dénoncé ainsi une «triple peine» à l'encontre d'une génération qui sera «la première condamnée à vivre moins bien que ses parents», à se voir frappée d'interdiction de «se projeter dans l'avenir», et à être réduite au statut de «citoyens de seconde zone».

Une semaine d'action est prévue du lundi 30 janvier au 4 février. Or les jeunes ont une marge très étroite pour réagir : les vacances commencent dès le début de février et touchent toutes les zones pendant un mois. Et le gouvernement semble décidé à faire passer en urgence le texte de loi instaurant le CPE. «Ils nous refont le coup du contrat nouvelles embauches, adopté en douce le 4 août», note une militante. Les organisations étudiantes font face à une autre difficulté : à cause des subtilités juridiques du CPE, la «menace» ne semble pas encore avoir été clairement identifiée par les moins de 26 ans. Les organisations de jeunesse ont décidé, du coup, de se lancer rapidement dans une campagne d'explication de ce nouveau contrat de travail, histoire de faire monter la mobilisation.

De leur côté, la CGT, la CFTC, FO, la CFDT, l'Unsa et la FSU ont fait état de contacts avec les organisations de jeunes, envisageant de mêler leurs forces à une mobilisation.

Communiqué de Lutte Ouvrière : Le 7 février, imposons le retrait du CPE

Leur société Lutte Ouvrière n°1956 du 27 janvier 2006 Communiqué de Lutte Ouvrière : Le 7 février, imposons le retrait du CPE

Les principales confédérations syndicales et les organisations d'étudiants et de lycéens appellent à manifester pour le retrait du "Contrat première embauche" du gouvernement Villepin. Elles annoncent en particulier une journée de manifestation le 7 février prochain.

Lutte Ouvrière appelle à participer à toutes ces manifestations. Celles-ci doivent être un succès car il faut imposer le retrait du projet de CPE. Et il faut aller vers une mobilisation de l'ensemble des travailleurs pour mettre un coup d'arrêt à l'offensive systématique menée par le gouvernement et le patronat contre les droits des salariés.

Lutte Ouvrière

Un article de l'humanité...

social - économie Les jeunes contre le CPE

Précarité . Une quinzaine d’organisations de jeunesse signent un manifeste pour obtenir le retrait du contrat première embauche et appellent à la mobilisation.

« Contrat première embauche : pour les jeunes, c’est non ! » C’est le titre du manifeste qu’une quinzaine d’organisations de jeunesse, d’associations et d’organisations syndicales étudiantes et professionnelles ont lancé hier pour répondre au nouveau contrat imaginé par le gouvernement Villepin. Le collectif, composé de l’UNEF, des jeunes CGT, du MJS, du MJC, de l’UEC, de la Fédération Léo-Lagrange, de SUD étudiant, de l’UNL, des JCR, de l’UNSA jeunes, des JRG et des jeunes Verts, est appelé à s’élargir. Son but : mobiliser la jeunesse de manière unitaire pour obtenir le retrait du CPE : c’est le contrat de travail réservé aux moins de 26 ans, pendant les deux premières années duquel le salarié peut être licencié sans motif, et que le premier ministre a présenté cette semaine.

« Le CPE, c’est le Contrat Précarité Exclusion », ironise le texte du manifeste. « Avec lui, finis les espoirs d’avoir un emploi stable, un logement, de fonder une famille, de faire des projets. » « Le premier ministre nous inflige une double peine », a expliqué Bruno Julliard, président de l’UNEF, lors d’une conférence de presse. « La jeunesse a grandi avec le désir d’accéder à une situation professionnelle stable, et on lui impose deux ans d’extrême précarité. » Pour le syndicaliste étudiant, « le CPE n’est pas une réponse à la précarité, mais au contraire, la lutte contre le chômage des jeunes sert d’alibi à la destruction du droit commun dans ce pays ». Le collectif compte se retrouver prochainement pour organiser une mobilisation dans la semaine du 30 janvier, en lien avec les manifestations de salariés et de fonctionnaires les 31 janvier et 2 février, mais aussi de manière autonome. Il appelle à la création de collectifs locaux, et compte mettre en ligne prochainement un blogue (www.stopcpe.net) pour faire circuler l’information. Ses animateurs ont en tête les manifestations qui, en 1994, avaient forcé le gouvernement à renoncer au Contrat d’insertion professionnelle, le CIP, baptisé SMIC Jeunes par ses détracteurs. Ils rappellent le slogan de 1994 « Papa, j’ai trouvé un emploi, le tien ! » et appellent à la « solidarité intergénérationnelle : c’est l’avenir de notre société qui se joue, tout le monde est concerné ».

« Deux mois après l’embrasement des quartiers populaires sur des questions d’accès à l’emploi, de statut, de discrimination, la seule réponse du gouvernement a été d’abaisser l’âge de l’apprentissage, d’autoriser le travail de nuit des apprentis », dénonce Christophe Berardi, délégué national de la Fédération Léo-Lagrange. « Là, nous avons la clôture logique : un dispositif d’insertion professionnelle qui accentue la précarité, au lieu de lutter contre. C’est une réponse qui risque de mettre le feu aux poudres ».

« Ce mouvement est un mouvement populaire de jeunes, et pas seulement d’étudiants et de lycéens », a insisté Razzye Hammadi, président du MJS. Pour Cédric Clerin, secrétaire général des Jeunesses communistes, « cette réforme montre que le gouvernement est sourd aux aspirations à l’égalité et au souhait dfinir avec la précarité qui montent dans le pays. C’est un projet à double détente : il aggrave la précarité et utilise les jeunes comme outil de précarisation de la société », explique-t-il, en souhaitant que « dans quelques semaines, le CPE ne soit qu’un mauvais souvenir ».

« La seule profession qui restera, ce sera vendeur de camping-cars d’occasion pour aller d’un contrat de trois semaines à l’autre », a ironisé Francine Blanche, secrétaire confédérale de la CGT, ajoutant : « La précarité généralisée n’est pas une solution aux problèmes économiques du pays. »

Lucy Bateman

Wednesday, January 25 2006

Liens vers les textes officiels régissant le Contrat Nouvel Embauche

Les textes officiels :

- Loi n°2005-846 du 26 juillet 2005 habilitant le Gouvernement à prendre, par ordonnance, des mesures d’urgence pour l’emploi NOR :SOCX0500142L

http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=SOCX0500142L

- Ordonnance n°2005-893 du 2 août 2005 relative au contrat de travail nouvelles embauches NOR :SOCX0500188R

http://www.legifrance.gouv.fr/html/actualite/actualite_legislative/decrets_ordo/ordo2005-893.htm

ou

http://www.legifrance.gouv.fr/WAspad/UnTexteDeJorf?numjo=SOCX0500188R

Extrait de l'analyse de la Ligue des Droits de l'Homme

le contrat "nouvelle embauche" : une remise en cause majeure du droit du travail

samedi 10 septembre 2005

Le nouveau contrat que tente d’imposer le gouvernement permettrait de licencier sans motif et sans indemnité à tout moment pendant 24 mois dans les petites entreprises.

Le texte ci-dessous, datant de juin 2005, émane de la Fondation Copernic 1.

Il est suivi en bas de page, par des liens vers des textes officiels : d’une part la loi du 26 juillet 2005 permettant au gouvernement de procéder par ordonnances, puis l’ordonnance du 2 août 2005 relative au CNE.

A fin de décourager toute revendication et poursuivre son offensive libérale, le gouvernement veut faire au droit du travail ce que Raffarin a fait avec la sécurité sociale et les retraites. Ils savent depuis 2002 qu’ils sont minoritaires dans le pays, leurs 80% de députés ne représentent que 25% du corps électoral. Devant le risque de débâcle post-référendaire, le nouveau gouvernement orchestre une offensive par le biais d’ordonnances, sans courir le risque d’une discussion publique, qui pourrait profiter à la mobilisation sociale.

Lors du referendum du 29 mai 2005, 55% des électeurs ont dit non au traité constitutionnel européen. Parmi eux, une écrasante majorité d’ouvriers et d’employés, mais aussi près de 60% de jeunes de moins de 25 ans. Un sondage publié par La Tribune indiquait que 66% des électeurs disposant d’un revenu de moins de 1000 euros avaient voté non, 71% des électeurs travailleurs intérimaires, 69% des électeurs en CDD, mais aussi 58% des électeurs en CDI. Tout indique que ce non est un non à l’insécurité sociale généralisée, à la société libérale, un non porté par une grosse majorité du salariat y compris ses couches les plus précarisées et fragilisées, dont une partie s’était réfugiée dans l’abstention depuis plusieurs années.

A ce non social sans ambiguïté, le Premier ministre vient d’apporter une brutale fin de non recevoir. Pire, le "plan d’urgence" promis pour le 1er septembre place en son coeur un "contrat de nouvel embauche" qui représente une remise en cause majeure des droits de millions de salariés employés dans les entreprises de moins de dix salariés, ceux qui connaissent déjà les conditions de travail les plus dures, qui sont les plus fragilisés, et pour lesquels les droits existants sont bien souvent fictifs. Ceux qui aujourd’hui encore sont dénués de toute représentation directe du personnel, puisqu’il ne peut y avoir élection de délégués du personnel que dans les entreprises de onze salariés au moins (article L 421-1 du code du travail).

Qu’est-ce que ce nouveau contrat ?

" dans le respect du code du travail, je propose la mise en place, déclare le Premier ministre, à compter du 1er septembre, d’un nouveau type de contrat de travail à durée indéterminée, le contrat nouvelle embauche. Mieux adapté aux contraintes des très petites entreprises auxquelles il pourra être proposé, il conciliera plus de souplesse pour l’employeur et de nouvelles sécurités pour le salarié.

Plus de souplesse pour l’employeur, puisque ce contrat prévoiera une période d’essai plus longue, d’une durée de deux ans, adaptée au rythme de développement des très petites entreprises.

La durée du préavis sera fonction de l’ancienneté dans l’entreprise : elle correspondra donc aux efforts fournis. Les entreprises concernées disposeront ainsi de nouvelles facilités d’embauche, qui devraient leur permettre de s’engager avec confiance dans la voie de nouveaux recrutements.

De nouvelles sécurités pour le salarié aussi. La mise en place du "contrat nouvelle embauche" lui donnera trois garanties : un complément d’allocations chômage auquel l’Etat apportera toute sa part, un accompagnement personnalisé et la mobilisation de moyens nouveaux de reclassement en cas de rupture du contrat." 2

Le développement de ces contrats serait par ailleurs facilité par la création d’un chèque-emploi généralisé aux très petites entreprises, qui remplacerait à la fois le contrat de travail et le bulletin de paie, supprimant ainsi toute une série d’obligations d’information de l’employeur qui constituaient autant de garanties pour les salariés.

Ce type d’annonce était préparé depuis longtemps par une succession de rapports, notamment les rapports Camdessus et Cahuc Kramarz. Elle fait directement écho à plusieurs propositions du MEDEF. La mise en oeuvre de ces propositions représenterait une victoire très importante du patronat.

On peut remarquer qu’elles n’ont pas repris à cette occasion leur exigence d’une négociation préalable à toute loi sociale. En fait elles le demandent uniquement lorsque la loi est susceptible d’intégrer des avancées pour les salariés : leur objectif réel est donc d’utiliser cette négociation pour empêcher toute avancée sociale sans leur accord.

Pour comprendre le danger représenté par cette proposition, il faut revenir sur ce qu’est la période d’essai.

Qu’est ce qu’une période d’essai ?

Le Code du travail parle peu de la période d’essai. L’article L 122-4 se contente d’indiquer que les règles de rupture du contrat de travail à durée indéterminée ne s’appliquent pas à la période d’essai. Une rupture du contrat pendant la période d’essai ne sera pas considérée comme un licenciement avec toutes les garanties procédurales que cela comporte : pas d’entretien préalable par exemple, pas de préavis obligatoire non plus même si certaines conventions collectives peuvent l’instituer dans une branche. Par ailleurs le Code du travail définit des durées maximales de période d’essai en ce qui concerne les contrats particuliers : contrat à durée déterminée, contrat de mission d’intérimaire, contrat d’apprentissage.

L’essentiel des règles régissant la période d’essai a donc été formulée par la jurisprudence qui indique bien que la rupture du contrat durant la période d’essai ne constitue pas un licenciement, elle n’a donc pas à être motivée. Une requalification en licenciement est possible seulement en cas de rupture abusive ou discriminatoire, ce qu’il appartient au salarié de démontrer, et ce qui est éminemment difficile dans la plupart des cas. La période d’essai est donc une période où le salarié est dans une position de précarité extrême, à la merci de l’arbitraire patronal, puisque l’employeur n’a pas à s’expliquer sur les causes motivant sa rupture : la jurisprudence considère que la décision de l’employeur a un caractère discrétionnaire, qu’elle n’a donc pas à être justifiée par une cause réelle et sérieuse 3. Cependant elle ouvre droit aux allocations chômage.

Du fait de l’objet même de la période d’essai (s’assurer qu’un salarié convient à un poste), la jurisprudence a considéré que la période d’essai devait avoir une "durée raisonnable". La Cour de cassation estime ainsi que la durée de la période d’essai ne doit pas être pour le salarié hors de proportion avec le temps nécessaire pour éprouver un employé de sa catégorie. Elle a ainsi pu juger qu’un délai de six mois était hors de proportion avec le temps nécessaire pour tester une sténodactylographe 4.

Cette période d’essai est donc d’une durée relativement courte, quelques mois pour les cadres au maximum. Le temps où le salarié est placé dans une situation de précarité complète est donc aujourd’hui limité 5.

Cette période est dans les faits une période de mise entre parenthèses des droits que le salarié détient. Il a par exemple le droit de grève, mais il ne lui est guère conseillé de l’utiliser. Certes un employeur qui indiquerait avoir rompu la période d’essai pour fait de grève s’exposerait à voir ordonner la réintégration du salarié pour nullité. Mais cet employeur imprudent est bien improbable et bien mal informé : il lui suffit en effet de rompre la période d’essai sans aucune motivation. Même si le motif réel de rupture est l’exercice par le salarié de son droit de grève, il risque d’être bien en peine de le démontrer.

Il faut aussi indiquer que la protection du salarié pendant la période d’essai n’a rien à voir avec celle dont bénéficie le salarié en contrat à durée déterminée. La rupture d’un CDD pendant le temps du contrat est plus difficile que celle d’un CDI. L’article L 122-3-8 du code du travail indique en effet que "sauf accord des parties, le contrat à durée déterminée ne peut être rompu avant l’échéance du terme qu’en cas de faute grave ou de force majeure." En outre, la fin du CDD ouvre droit dans la plupart des cas à une indemnité de fin de contrat, alors que la rupture de la période d’essai ne donne droit à aucune indemnité. Une période d’essai de 24 mois, ce serait donc un CDD dont le terme pourrait arriver chaque jour sans motif à fournir. Un rêve d’employeur.

Pourquoi s’opposer au contrat "nouvel embauche" et à sa fausse "période d’essai" ?

   * Une période d’essai qui n’en est pas une

En étendant sa durée à deux ans, le gouvernement ne peut baptiser cette période, période d’essai, que par un dévoiement. En effet, le temps nécessaire pour "tester" le salarié sera écoulé depuis bien longtemps. Le seul intérêt de choisir ce terme, c’est de garder le régime juridique de la rupture qui va avec, permettant ainsi de rompre le contrat à tout moment sans motif.

   * La super période d’essai de 24 mois prive les salariés de l’exercice de leur droits.

Quel salarié prendra le risque de critiquer son employeur sachant qu’il peut être viré du jour au lendemain sans motif et sans indemnité. Quel salarié osera faire grève ? Quel salarié osera refuser d’effectuer des heures supplémentaires non payées ? Quel salarié osera refuser des conditions de travail dangereuses ? Quel salarié n’hésitera pas à se faire arrêter en maladie ? Lequel osera demander une augmentation de salaire ? Un congé sans solde ? Etc... Et ceci pendant deux ans...

   * La super période d’essai est une remise en cause de nombreuses garanties contre l’arbitraire patronal.

Elle supprime le droit au respect des règles relatives au licenciement pendant deux ans : l’employeur n’a pas à entendre le salarié au cours d’un entretien préalable, n’a rien à payer et n’a pas à se justifier. Pour en finir avec les droits de la défense, on supprime le procès !

   * Le salarié serait bien moins protégé qu’en CDD

Cette période d’essai va bien plus loin qu’un CDD de 24 mois : alors que le CDD ne peut être rompu que pour faute grave, la rupture pourrait au contraire ici intervenir sans motif, sans indemnité, à tout moment et sans procédure.

   * Elle va démultiplier la précarité et accroître la violence des rapports de travail

Tous les nouveaux embauchés dans les entreprises de moins de onze salariés seront cantonnés à un sous statut très régressif : privés de l’exercice effectif de la plupart de leurs droits sociaux, ils seront soumis à la surexploitation. A chaque fois que reculent les garanties juridiques se développeront les abus et comportements arbitraires déjà très répandus, comme en témoignent les nombreuses affaires de harcèlement.

Croire que, sous prétexte de proximité avec leurs salariés, les employeurs n’utiliseront pas à plein les bénéfices de ce nouveau régime serait faire preuve au mieux d’une grande naïveté. Déjà aujourd’hui les relations sociales ne sont pas moins tendues ou violentes dans les petites entreprises que dans les grandes. Jamais, depuis des décennies, des salariés ne seraient aussi vulnérables et démunis dans ce pays. Une véritable norme de précarité et de vulnérabilité se mettrait en place. Premiers visés : les jeunes, que l’on entend manifestement "formater" à un nouveau rapport salarial extrêmement inégalitaire.

Et cette précarité a des effets tout aussi néfastes pour les salariés en dehors de l’entreprise. Par exemple quelles garanties un salarié embauché avec un tel contrat pourra présenter lorsqu’il cherchera un logement, lorsqu’il voudra avoir un emprunt pour un achat important ? On saura lui rappeler qu’il n’a aucune stabilité d’emploi.

   * Elle menace de nombreuses conventions collectives

Dans combien de branches le patronat sera t-il tenté de dénoncer la convention collective qui prévoit des périodes d’essai très limitées ? Si une convention plus protectrice est dénoncée, le patronat ne sera guère pressé de négocier, la nouvelle réglementation s’appliquant à défaut de dispositions conventionnelles plus favorables. En tout cas il aura en mains des atouts maîtres pour mener le jeu dans bon nombre de branches.

   * Elle multiplie les effets d’aubaine et les tentations de contournement :

Combien d’employeurs au bout de deux ans seront-ils tentés de mettre fin à la période d’essai pour reprendre d’autres salariés corvéables à merci pendant deux ans plutôt que de laisser continuer les premiers en CDI ?

Combien d’employeurs encore moins scrupuleux seront-ils tentés de licencier des salariés anciens stables en CDI pour les remplacer par des nouveaux jeunes en période d’essai permanente ?

Comment ne pas voir combien ce volant de main d’oeuvre vulnérable sera utilisé pour faire pression sur les salariés des mêmes entreprises au statut plus stable ?

N’oublions pas que le nombre d’emplois du régime UNEDIC est actuellement autour de 15 millions, dont 20% au moins seraient donc directement exposés à cette précarisation accrue.

   * Il ne s’agit que d’un début

Si la mesure passe, le patronat cherchera à la généraliser. Ne nous y trompons pas : les différents projets de modification du droit du licenciement contenus dans les rapports cités plus haut ont comme constante de vouloir rendre possible le licenciement presque automatique et sans motif visent toutes les entreprises.

   * Les prétendues "compensations" pour les salariés sont vagues et dérisoires

A peine ébauchées, les contreparties à cette formidable régression ressassent des recettes qui ont toutes échoué. Des moyens nouveaux pour le reclassement ? Un suivi personnalisé ? Croire qu’au moment où on facilite le licenciement express sans motif, on va pouvoir faciliter le reclassement, relève du mirage.

   * Il ne créera pas d’emplois

Combien d’employeurs embaucheront un salarié uniquement parce qu’ils auront le droit de le licencier sans difficulté ? Qui peut croire qu’un employeur créera un emploi dont il n’a pas besoin uniquement parce que le « contrat nouvelle embauche » lui donne tous les droits ?

Pourquoi s’opposer aux exonérations des charges patronales ?

Les cotisations patronales seront supprimées au niveau du SMIC en 2007, et des mesures visant à « inciter les chefs d’entreprise à surmonter le seuil de 10 salariés » allègeront les obligations financières pour les entreprises de 10 à 20 salariés.

Ces mesures s’ajoutent à toutes les exonérations existantes. Les sommes en jeu sont considérables, en 2004 ces exonérations se montent à 21,5 milliards d’euros.

Ces exonérations de charges patronales ont des effets qui vont au-delà du gain immédiat pour l’employeur. D’une part elles participent au déficit des comptes sociaux, car l’Etat ne les compense pas intégralement. D’autre part elles tirent vers le bas l’ensemble des salaires car les entreprises qui bénéficient de ces exonérations sont en concurrence avec celles qui n’en n’ont pas. Sans compter que le bénéfice des allègements étant lié au bas niveau de salaire, ce dispositif colle au plancher les salaires les plus bas, comme un récent rapport vient de le souligner, puisque toute augmentation risque de faire perdre le bénéfice de l’allègement...

Le contrat "nouvelle embauche" et les exonérations de cotisations patronales prennent place au côté de nombreuses autres mesures critiquables, parmi lesquelles la privatisation d’entreprises publiques.

Le contrat "nouvelle embauche" représenterait un saut de grande ampleur vers une flexibilité totale du marché du travail en France, depuis longtemps réclamée à corps et à cri par les libéraux de tous bords, l’OCDE ou encore le FMI. Cette mesure représenterait une régression sociale et démocratique inédite : permettre pendant une durée de deux ans que des salariés soient privés de la possibilité de l’exercice de la plupart de leurs droits sociaux dans l’entreprise. Elle correspond à la demande des ultra libéraux de supprimer, dans le secteur privé, les garanties liées au régime juridique du licenciement. Elle serait le prélude à une remise en cause de plus vaste ampleur encore qui ne tarderait pas à déferler sur l’ensemble du salariat.

Allez on commence

''__Argumentaire du Mouvement des jeunes socialistes contre le Contrat Nouvelle Embauche (CNE)__'' Le Contrat Nouvelle Embauche a été créé par les ordonnances Villepin du 2 août 2005. Une précarité généralisée Il s’agit d’un contrat à durée indéterminée réservé aux entreprises de moins de 20 salariés (cela représente tout de même 4,5 millions de salariés concernés) qui comporte une période d’essai de 2 ans pendant laquelle l’employeur peut licencier à tout moment le salarié, sans préavis, justification ni indemnité de licenciement (l’indemnité de précarité versée à l’issue d’un CDD n’est pas non plus versée). Contrairement à ce que semble indiquer son nom, il n’est pas réservé aux premières embauches. Il donc possible d’embaucher un salarié en CNE à l’issue d’un CDD. La précarité extrême de l’emploi (le salarié étant placé sur un siège éjectable) a des effets induits importants. On peut ainsi s’interroger sur l’accueil réservé à un salarié en CNE, susceptible d'être licencié durant une période de deux ans, par une banque s’il demande un crédit, ou par un propriétaire s’il recherche un logement. Cette possibilité de licencier sans aucun motif ne peut qu’entraver la capacité des salariés à se syndiquer et plus largement à défendre leurs droits. De même, les femmes n’ont pas intérêt à tomber enceintes si elles sont en CNE… Toutes les protections contre les licenciements abusifs cessent d’exister avec le CNE. Une période d’essai de 2 ans totalement injustifiée Cette période d’essai de 2 ans est totalement injustifiée : chacun sait que l’employeur n’a pas besoin de 2 ans pour savoir si le salarié est compétent pour son poste de travail. La notion même de période d’essai perd tout son sens avec une telle durée. La vraie justification pour la droite est traditionnelle : faciliter le licenciement pour faciliter l’embauche (les employeurs n’hésiteraient plus à embaucher si ils leur était plus facile de licencier). Le CNE ne crée pas d’emplois En réalité, même s’il est encore un peu tôt pour tirer un bilan, on peut d’ores et déjà affirmer que le CNE, comme beaucoup d’autres contrats précaires, n’a créé que très peu d’emplois du fait du nombre relativement faible de contrats signés et surtout des effets d’aubaine. Un résultat très faible au prix très élevé : celui d’une précarité qui risque de se généraliser. Aucun obstacle n’existe pour que le CNE devienne le contrat « normal » dans les entreprises de moins de 20 salariés. Polémique sur le nombre de CNE signés Une polémique existe sur le nombre de CNE signés et le nombre d’emplois créés. En réalité, aucune statistique précise n’existe, puisque les chiffres disponibles n’enregistrent que des intentions d’embauche et comportent de nombreux biais méthodologiques. Explication : Le CNE n'est pas un contrat aidé et n'apparaît pas, en tant que tel, dans les statistiques du ministère de l'emploi. C'est donc via les formulaires de déclaration unique d'embauche (DUE) - que les employeurs adressent aux Urssaf, organismes collecteurs de cotisations sociales - que l'on recense les CNE, aux côtés des CDI ou CDD. Or, la DUE n'indique qu'une « intention d'embauche », précise l'Agence centrale des organismes de sécurité sociale (Acoss) dont les chiffres ne sont que des « estimations provisoires ». L'organisme a modifié son site Internet et ses formulaires papier pour permettre la saisie du CNE mais les anciens formulaires, sans case « CNE », ont continué à être utilisés. Aussi, l'Acoss a-t-elle décidé que ses estimations sur les différents types de contrats « seront provisoirement fondées uniquement sur les déclarations Internet », un mode habituellement utilisé pour 45 % des DUE. Même le chiffre des DUE faites par internet et indiquant CNE comporte deux biais. En août, des Urssaf s'aperçoivent que des entreprises ont coché à tort la case CNE : certaines comptent plus de 20 salariés, tandis que d'autres ont cru que le CNE désignait simplement un « nouveau » recrutement ! Une autre péripétie aurait brouillé un peu plus les pistes. Traditionnellement, nombre d'employeurs n'indiquent pas la nature du contrat dans la DUE. L'Acoss a donc demandé à son service informatique d'invalider systématiquement les DUE dans lesquelles aucune des trois cases - CDD, CDI ou CNE - n'était cochée. Message mal compris : les informaticiens ont, au contraire, coché CNE par défaut, validant la DUE. Selon un sondage présenté, mardi 10 janvier, par le cabinet Fiducial, et réalisé du 23 au 29 décembre 2005 par l'IFOP auprès de 300 dirigeants de petites entreprises ayant eu recours au CNE, seuls 29 % des entrepreneurs interrogés déclarent qu'ils n'auraient pas embauché sans l'existence du CNE, alors que 71 % auraient de toutes les façons recruté, dont 40 % en contrat à durée indéterminée (CDI) et 28 % en contrat à durée déterminée (CDD). On voit bien que selon les déclarations des chefs d’entreprise eux-memes (dont on peut penser qu’ils surévaluent le nombre d’emplois réellement créés), les entreprises ayant signé des CNE auraient majoritairement procédé à des embauches même sans le lancement de ce contrat. Le directeur de Fiducial estime « exagéré » le chiffre de plus de 220.000 CNE signés depuis août, annoncé par le gouvernement. Les secteurs des services et du BTP sont ceux qui ont le plus eu recours au CNE, suivis du commerce. Le sondage montre que les personnes embauchées en CNE sont âgées de 28 ans en moyenne et qu'elles sont à 59 % des hommes. Plus des trois quarts ont un niveau « en deçà du bac » (29 % sans diplôme ou avec un BEPC, 39 % avec un CAP ou un BEP). Par ailleurs, 56 % des personnes embauchées se trouvaient préalablement au chômage ou au RMI, 23 % en CDD dans une autre entreprise et 17 % en stage. II/ Le Contrat Première Embauche (CPE) Le CPE annoncé lundi 16 janvier par Dominique de Villepin prétend s’attaquer au chômage des jeunes A) Rappel sur le chômage des jeunes 22,8% des jeunes (18-25 ans) sont actuellement au chômage. Ce taux a grimpé de 3,8 points depuis 2002. Il a récemment légèrement baissé du fait de la baisse générale du nombre de chômeurs mais le motif de sortie de l’ANPE est pour près de 50% l’absence au contrôle ou une radiation administrative selon les chiffres de l’ANPE elle-même. Pour les jeunes sans qualification, le taux de chômage s’élève même à 40%. Au total, ce sont 618.000 jeunes qui sont aujourd’hui sans emploi. Selon l’OCDE, en France un jeune met de 8 à 11 ans pour entrer durablement sur la marché de l’emploi, c’est-à-dire à décrocher un CDI, contre 3 à 5 ans dans les autres pays de l’OCDE. Depuis 2002, le gouvernement a aggravé le chômage et la précarité des jeunes. Il a mis fin au dispositif des emplois-jeunes créé par le gouvernement Jospin. Il les a plus ou moins remplacés par le contrat-jeune en entreprise (CJE), un CDI destiné aux jeunes ayant un diplôme inférieur au bac et comprenant des aides financières pour les employeurs (240.000 bénéficiaires depuis 2002). B) Le CPE, contrat précaire pour les jeunes Un contrat première embauche (CPE) est institué pour les jeunes de moins de 26 ans. Il emprunte au contrat nouvelles embauches (CNE), une période d'essai de deux ans dérogatoire du droit commun (un à trois mois dans un CDI). L'employeur pourra, contre les conventions internationales de l'OIT, contre la déclaration européenne des droits de l'homme, contre le Code du travail, licencier tous les jeunes sans motif pendant les deux premières années. Il s’agit donc bien d’une extension du CNE à tous les jeunes de moins de 26 ans, puisque ce contrat ne sera pas limité aux entreprises de moins de 20 salariés, mais pourra être signé par toutes les entreprises. Autant dire que la période d’essai de 2 ans pourra aisément devenir la règle pour les jeunes, y compris dans les grandes entreprises. Le CPE ouvrira droit à une indemnisation au chômage dès le quatrième mois de contrat (contre six mois au cours des 22 derniers mois dans le droit commun du chômage). L'indemnité sera alors de 460 euros par mois, pendant deux mois. Sous couvert d’une apparente générosité, cette mesure encourage les patrons à licencier rapidement (ils peuvent le faire sans motif) puisque les jeunes toucheront une indemnité pendant 2 mois, juste le temps de retrouver un autre CPE, qui pourra à son tour prendre fin à tout moment et sans raison. Le Contrat Première Embauche porte bien mal son nom puisqu’il peut être signé après un CDD (comme le CNE). Les entreprises peuvent donc l’imposer à tous les jeunes, même s’il ne s’agit pas de leur premier emploi. Mesure complémentaire : une exonération totale de charges patronales pendant trois ans est accordée à tous les contrats à durée indéterminée (CDI, CNE, CPE) signés au profit de jeunes de moins de 26 ans au chômage depuis plus de six mois. C’est une mesure inefficace et scandaleuse. Inefficace car toutes les études montrent que les exonérations de cotisations sociales suscitent des effets d’aubaine et ne créent pas d’emplois. Scandaleuse car c’est une nouvelle réduction des ressources de la Sécurité Sociale (on sait que les exonérations sont loin d’être toutes compensées par l’Etat comme c’est pourtant une obligation) et cela constitue un nouveau cadeau sans contrepartie aux entreprises. Ces dispositifs constituent des mesures d’exception supplémentaires après la décision prise par le gouvernement à la rentrée de ne plus reconnaître les moins de 26 ans dans le calcul des seuils sociaux des entreprises (qui déterminent notamment la création des institutions représentatives du personnel). Alors que la nature et le niveau du premier emploi conditionnent largement la suite de la carrière professionnelle, les perspectives d’avenir se résumeront donc à une précarisation tout au long de la vie. Le CPE est par ailleurs une nouvelle illustration de la volonté du gouvernement d'opposer les générations (après la réforme des retraites et celle de l'assurance maladie) : avec ce nouveau CIP, les jeunes vont pouvoir remettre au goût du jour le slogan « Papa j'ai trouvé un travail : le tien ». On sait que la précarité imposée aux jeunes tire vers le bas les conditions de l’ensemble des salariés, les jeunes constituant une nouvelle « armée de réserve ». La portée du CPE est très grande, car nul doute qu’après avoir imposé une telle précarité aux jeunes, quand ils seront tous domptés et dressés à la précarité, le gouvernement l’étendra à tous les salariés. C) Des annonces plus larges dangereuses Dominique de Villepin a également annoncé la création d’un CDD sénior, qui pourra être conclu à partir de 57 ans, pour une durée de 18 mois renouvelable une fois. On assiste donc à une prise en tenaille du CDI, puisque celui-ci est remis en cause pour les jeunes (CPE), les seniors (CDD senior) et dans les petites entreprises (CNE). Cette généralisation progressive annonce le grand rêve des ultralibéraux et du MEDEF : la mise à mort du CDI. Dominique de Villepin lui-même a promis de tirer, dans les prochains mois, "les conséquences du lancement réussi du contrat nouvelles embauches pour lancer une réflexion sur l'évolution générale des contrats de travail dans notre pays". Il ne cache pas que le CDI est désormais en ligne de mire : "Certains envisagent un contrat unique, d'autres souhaitent étendre le contrat nouvelles embauches, toutes ces options sont sur la table de la concertation." Le Premier ministre envisage aussi la définition "d'un nouveau régime juridique des ruptures négociées", autrement dit du droit du licenciement, et des "allégements de charges sur les heures supplémentaires". Dominique de Villepin ouvre donc la porte à un démantèlement de grande ampleur du droit du travail et plus largement de tout notre droit social. Rappelons par ailleurs que le gouvernement fait procéder actuellement à une réécriture du droit du travail, théoriquement à droit constant et en vue d’une simplification, en réalité à droits dégradés et par ordonnances, en dehors de tout débat démocratique large. D) Conclusion : une attaque sans précédent, qui appelle une réaction à la hauteur 12 ans après la mobilisation contre le CIP, SMIC Jeunes proposé par Balladur, la mobilisation générale est nécessaire contre ce nouveau contrat discriminatoire pour tous les moins de 26 ans. ''______Voici ce que propose le Mouvement des Jeunes Socialistes en la matière__'' Le MJS doit mettre en avant des revendications fortes pour donner un emploi de qualité à chaque jeune : - Plan de programmation pluriannuel de l’emploi public - Limitation stricte du nombre de contrats précaires dans les entreprises avec instauration de plafonds indépassables et augmentation forte de la pénalisation financière de ce type de contrats - suppression de tous les contrats atypiques type CNE ou CPE - Création d’une allocation de recherche du premier emploi pour les jeunes quittant le système éducatif